Accueil septembre 2010
Juliette Lewis (Interviews)

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Après deux albums et un EP où elle mettait la gomme avec ses Licks, Juliette a décidé de ralentir le tempo et se s’attaquer à un répertoire plus large et varié que le rock’n’roll. Elle s’essaie avec son Terra Incognita à un blues plutôt bien roulé avec sa voix rocailleuse et sensuelle. Elle s’en explique dans nos pages.

Ce nouvel album prend une direction étonnante, dans quel état d’esprit étais-tu en le composant?
En tant qu’actrice ou chanteuse, j’essaie toujours de capturer une certaine honnêteté. Je me dévoue totalement à ma cause et aux sentiments que je ressens sur le moment. Pendant la composition, les Licks se sont séparés. Mon mec de l’époque a quitté le groupe et ça n’avait plus de sens pour moi. J’ai aussi essayé durant ces deux dernières années de développer mon son. Je voulais écrire une chanson bluesy, entendre les guitares sonner différemment. Plus d’atmosphères, plus psychédélique. Pour moi, tout commence avec des visions, des pensées. Comme par exemple pour ‘Hard Lovin’ Woman’ ou ‘Suicide Dive Bombers’, tout a débuté avec une simple phrase. Chris Walton que je connais depuis dix ans m’a fait écouter quelques riffs. On a commencé à écrire ensemble, c’était très organique et tout est sorti très facilement. ‘Hard Lovin’ Woman’ était déjà en moi et il a juste fait un riff qui a débloqué le reste. C’était une vraie collaboration émotionnelle. J’ai essayé de me laisser aller car tout le monde me connaît faisant du rock’n’roll, mais je me suis dit : Merde essayes de nouvelles choses ! Mais je ne sentais vulnérable aussi. Je suis indépendante et même si certains pensent que j’ai des privilèges parce que je viens du cinéma, je sais que j’ai travaillé très dur pour en arriver là. Si je ne me lance pas des défis à moi-même pour essayer de nouveaux trucs, ça n’a pas de sens. Je n’ai jamais joué la facilité même dans mes choix de films. Je ne suis pas sur une major, je ne passe pas à la radio. J’ai écrit ‘Ghost’, ‘All Is For God’ et ‘Female Persecution’ avec un piano ce qui est nouveau pour moi car je n’en n’avais plus joué depuis que j’ai neuf ans. Et là, j’ai su que j’avais besoin d’une production à la hauteur. J’ai donc contacté Omar Rodrigez Lopez (The Mars Volta). J’étais intimidée et je pensais qu’il ne voudrait pas bosser avec moi.

A-t-il eu une influence sur le son?
Oui, on a beaucoup parlé et je lui ai dit que je voulais un groove différent. Ça se passait plus au niveau des hanches que de la tête. Avec les Licks c’était un truc direct, rock’n’roll. Cette fois, c’est plus hanté, plus bluesy. Il a joué sur l’album et bien collaboré avec Chris Walton. Il a écrit des riffs vraiment étranges. Il est particulier et j’adore ça.

Tu parlais de blues, mais étais-tu sûre que ta voix conviendrait à ce style?
Ça m’a pris cinq ans pour laisser sortir cette voix. La vérité est que j’ai grandi en imitant les chanteurs de jazz comme Nina Simone, Ella Fitzgerald, Billie Holliday. Ensuite, j’ai plongé dans le rock avec Janis Joplin, Tina Turner. J’ai toujours eu envie de chanter plus fort, peu importe si j’embarrasse des gens. Pour moi, la technicité de la voix est secondaire, je suis plus tournée vers l’émotion. Le rock et le blues t’offrent cette liberté. Lorsque tu es connecté à ton cœur et à ce que tu ressens, c’est le blues. Je venais de finir une relation et j’étais cette ‘Hard Lovin’ Woman’. Si je n’y étais pas arrivée, je n’aurais pas forcé le truc. J’étais juste prête pour ça. Et sur scène, c’est un peu le moment clef. C’est très cru. Je voulais de l’espace dans la musique. La voix est très dominante contrairement à avant où la guitare prenait plus de place.

Dans la chanson ‘Fantasy Bar’, tu parles de la superficialité d’Hollywood. C’est mieux dans la musique?
Cette chanson m’a en fait été inspirée par la Fashion Week. Je pense que des trois (musique, cinéma et mode), la mode est la pire (rires). Il y a des artistes étonnants, mais c’est vraiment un monde de fou. Je ne sors pas beaucoup car je travaille pas mal, mais j’étais de sortie à New York avec des amis. Nous nous sommes rendus dans plusieurs bars. On avait cette illusion de trouver le bar parfait. Chris jouait donc un riff dans notre studio et moi je m’amusais à chanter : ‘C’mon and watch the models !’ J’ai finalement marié l’idée à Hollywood. Mais bon cette chanson est avant tout marrante et presque une célébration, mais bien sûr très cynique aussi.

As-tu souvent été confrontée au machisme dont tu parles dans ‘Female Persecution’?
Quand tu grandis en tant que femme, tu apprends les dangers de te balader toute seule. Je trouve ça étrange que dans notre société moderne, on ait toujours peur que quelque chose nous arrive. C’est une sorte de jungle. Il y a une sursexualisation de la femme. C’est psychotique. Il y a des jeunes femmes qui créent cette confusion. Cette chanson est plutôt un état d’esprit du moment. J’ai joué ces notes et des images de femmes brûlées sur le bûcher me sont apparues. Si tu es différente, tu es accusée d’être une sorcière, même avant, dans les textes religieux, la femme est la tentatrice, la méchante. Les paroles sont très abstraites. C’est très métaphorique. C’était notre première collaboration avec Omar. Je suis allée dans son studio de Brooklyn, j’ai joué mes trois notes de piano. En suite, il m’a envoyé la musique qu’il avait écrite après que je l’aie quitté et j’ai adoré.

Parle-moi de la pochette très kitch.
Omar a joué un riff que lui seul sait jouer avec des notes étranges avec un côté très sombre. J’ai imaginé un taureau, un matador. Le taureau est devenu la créature symbolique du pouvoir. Tu peux essayer de domestiquer cette force de la nature. On essaye de se forger un monde en dehors de la cage aux lions qui est notre Terra Incognita.

FICHE CD 
Nom de l’album : « Terra Incognita »
Label : Roadrunner/Musikvertrieb






Crédit photos Indy

www.juliettelewis.com
[Joëlle Michaud]
« Cet article est paru dans le Daily Rock 37 – Pour visualiser le PDF, click ici »

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