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Les Mass avaient mis le feu à l’Amalgame en ce pluvieux mois de novembre. ‘Failles’, le dernier album, a fait mouche grâce à des titres qui remuent la fosse bien comme il le faut. Quelques heures avant d’entrer sur les planches, Mouss et Yann, respectivement chanteur et guitariste, ont répondu à nos questions…
Comment sont accueillis les nouveaux titres en live ?
Mouss : On a joué hier à Vitry le François, près de Reims, et c’était la deuxième date complète de la tournée, donc ça commence vraiment fort. On se disait d’ailleurs avec tout le groupe que cela n’avait jamais autant chanté. L’accueil est donc ultra positif pour un début de tournée.
Comment avez-vous appréhendé l’après ‘Une Somme de détails’, qui est un album majeur de votre discographie, pour arriver à ‘Failles’ ?
Yann : On s’est dit qu’il devait suivre la lignée mais qu’on pousse encore un peu plus loin. Il fallait un album vraiment taillé pour le live parce qu’aujourd’hui, au niveau des ventes, le disque ce n’est plus vraiment ça et c’est véritablement sur scène que cela se joue.
Mouss : De plus, la création de ‘Failles’ a commencé pendant la tournée ‘Une somme de détails’ ce qui a motivé une certaine dynamique d’album pour le live.
Où puisez-vous votre inspiration ?
Yann : Franchement, je ne vais pas te mentir. On a une sorte de recette au sein de Mass qu’on utilise depuis le début. Nous essayons ensuite de diversifier notre musique avec les samples, en retravaillant le son toujours plus.
Mouss : C’est drôle parce que, Clean, c’est celui qui ressemble presque le plus au début de Mass, époque premier album, avec un beat techno basique. C’est parfois aussi la machine qui donne l’inspiration. On a de l’inspiration pour chercher des sons mais parfois c’est le son qui dépasse ce que l’on a voulu au départ.
Comment est né le texte de ‘World on Fire’, à la fois critique et réaliste ?
Mouss : Il ne faut pas voir dans le système actuel que du mal. Voilà, le capitalisme c’est un échange objet contre argent. Ce n’était pas malsain au départ mais il a été perverti. Certaines personnes gagnent une misère tandis que d’autres s’enrichissent, trop. Et puis nous sommes quand même dans des pays libres, en Europe. Ce n’est pas facile pour tout le monde de s’en sortir mais il y a moyen. Ceux qui ont la capacité de réfléchir, de penser et de se prendre en main, il y a tout ce qui faut dans nos pays pour faire ce que tu as envie. Après, c’est du travail, de l’effort voire du sacrifice, mais les possibilités sont là. Il ne faut pas non plus trop s’apitoyer. Si tu n’as pas envie de faire un boulot pénible, cela tient à toi de dépasser ca. Il n’y a rien de déshonorant par contre de balayer dans la rue. S’il fallait faire ça pour nourrir mes enfants, j’irai le faire, aucun soucis cela ne me poserait pas de problème. Après, c’est si tu acceptes ta situation ou non.
‘On emmerde la tendance’. Est-ce un point capital dans la ligne de conduite de Mass Hysteria de ne pas suivre la mode ?
Yann : Oh oui, on n’a jamais voulu s’inclure dans un clan, par exemple. Tous nos potes l’ont fait. Nous avons toujours passé au travers ces collectifs, comme à l’époque la Team Nowhere, et c’est peut-être ce qui fait que nous avons une identité propre. Les collectifs ont leurs bons côtés, mais cela ne nous convenait pas.
Mouss : Tu vois, j’écoutais le dernier Kool Shen récemment et je me disais que le hip hop, c’est quand même un mouvement plus racoleur, à toujours s’accrocher au courant actuel. C’est comme si nous allions nous faire des mèches et faire du rock’n’roll énervé à trois accords et pas trop saturé. On emmerde la tendance, oui dans le sens où on ne se laissera jamais influencer par la mode actuelle. Des featuring, par exemple avec The Hives, oui mais faire un album complet juste pour plaire et entrer dans la tendance, non.
Parlez-nous un peu plus de la pochette.
Yann : On avait envie d’une pochette un peu plus énervée. On était parti sur l’idée d’une bonne gueule mais ce n’était pas évident de trouver le modèle parfait. J’ai donc contacté un ami photographe dont j’adorais le travail. Il était super motivé par le projet. Il s’est investi à fond, a passé des castings, visité Emmaüs pour trouver des clochards et il a trouvé celui-ci. Cela nous a plu tout de suite !
Mouss : Une projection de nous dans vingt ans peut-être ?
Vous avez ouvert pour Limp Bizkit et Metallica en juillet dernier, quels sentiments cela laisse quand on est proche de références ?
Mouss : Limp Bikzit, on l’a su deux jours avant alors que nous le savions depuis plus longtemps pour Metallica. On était tellement imprégné du concert avec Metallica que celui de Limp Bizkit nous est passé au dessus, cela faisait plus office de répète avant la grande date. Nous étions flattés par la proposition mais pas du tout stressés.
Yann : Jouer avec Metallica, ce fut le plus beau jour de ma vie. Surtout dans ce lieu. Ce n’est pas un simple Bercy, mais une date dans ces arènes, cela reste gravé à vie. On appréhendait par contre le public, qui est plutôt fan de metal US mais l’accueil a été excellent. Par la suite aussi, sur internet, j’ai retrouvé beaucoup de feedback positif.
Yann, comment passe-t-on de Mass Hysteria à Vicky Vale ?
Yann : C’était un truc parallèle. J’écoute pas mal de metal extrême et un moment donné j’ai eu envie de faire autre chose. Alors j’ai proposé à Thomas (Aqme) et puis c’est parti, sans aucune autre prétention que de s’occuper à un autre style.
Vous avez maintenant plus de dix ans de carrière, quel serait le bilan ?
Mouss : Je re-signe direct pour dix ans ! Il y a des moments sur scène où nos regards se croisent et, sans rien dire, on ressent la même envie, le même feeling quand 500 personnes sautent et dansent ensemble.
Yann : On vit encore actuellement de notre musique et on continuera comme ça, même s’il faudra faire des trucs à côté. La scène, c’est ce qui nous fait vivre et tu retrouves cela nulle part ailleurs. Qu’il y ait 100 personnes ou moins, il faut simplement qu’il y ait de l’électricité dans l’air et que le public soit conquis. Donc le bilan est vraiment positif.
Ton avis sur la scène metal française ?
Yann : Le plus bel exemple, pour la scène française, c’est Gojira. Après avoir trimé pendant des années, ils tournent maintenant aux Etats-Unis avec Metallica et ce n’est pas rien.
Mouss : On est fiers que ce soit eux. Mais il y a plein de groupes qui tiennent la barre comme Black Bomb A, les Lofos, Dagoba. La scène française est présente et surtout, son public est super fidèle, qu’importe la période et ce malgré le piratage, etc. Il y a une base qui viendra toujours aux concerts, acheter des t-shirts, faire vivre le truc !
Yann : Ce que je reproche peut-être en France, c’est le peu d’attention des médias. On existe mais nous sommes transparents pour eux. Les gros noms sont toujours relayés par la presse, comme Rammstein, mais rien pour les groupes français alors que nous avons quand même un public nombreux et des dates souvent complètes. Je me souviens que Nicola Sirkis, à l’époque, nous avait invités chez Nagui. Ce dernier nous avait refusé parce qu’il trouvait qu’on faisait trop de bruit alors qu’après, il invite Motörhead ! Regarde les Victoires de la musique, la catégorie rock c’est Calogéro, Dominique A….
Photo : Eric Canto
FICHE CD
Nom de l’album : Failles
Label : At(h)ome
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